Sous-section

    Histoire

    HISTOIRE DE L’ÈRE PRÉCÉDANT LA VENUE DES FAUX PROPHÈTES

    Nommé en l’honneur du fleuve qui le parcourt, le très noble et divin royaume a une histoire complexe ponctuée d’alliances, de ruptures et de guerres. Il fut fondé en 745, sous l’appellation de Duché d’Aurélius, par l’alliance éphémère du comte Lanfranc d’Héodim et du Grand thaumaturge Markelus Vorokhev, qui avaient uni leurs territoires pour consolider leurs forces et leurs valeurs. Néanmoins, cette heureuse entente n’était pas appelée à durer, et quelques années plus tard seulement, le seigneur Markelus fit sécession et refit de ses terres la Confrérie Markelus. Le Duché d’Aurélius demeura tout de même un duché sous la prétention à la couronne bélénoise du jeune successeur et fils aîné du duc Lanfranc, Amédée de Tournaye.

    La noble histoire des hauts faits du Royaume d’Aurélius est intimement liée à celles de ses valeureux dirigeants et de leur implantation dans le dangereux territoire bélénois.

    Les origines

    En l’An de Grâce 731 après l’Aédon, la Régence argylienne de Syptosis déclara Bélénos comme un voïvodat argylien. Or, de nombreux groupes implantés en Hyden s’opposèrent à un tel acte de tyrannie et implantèrent courageusement la Résistance bélénoise. Ironiquement, celle-ci comptait un jeune noble argylien imbu de justice et de liberté, sir Lanfranc. Ce dernier, reconnut de par la loi à titre de noble de Bélénos par le Bastion bélénois, décida de créer un véritable ordre de chevalerie bélénois, comptant en ses rangs aédonites, vaulistes, mages, Bélénois, Argyliens, Urdiens et Impériaux dédiés à affranchir Bélénos de l’esclavage. C’est ainsi que s’implantèrent enfin les idéaux chevaleresques et nobiliaires dans le chaos des terres bélénoises.

    Pendant la juste lutte contre Sryou, le régent d’Argyle, la Résistance organisée autour de Lanfranc eut aussi à faire face aux méprisables invasions galléonites de 734. Le passage de Galléon laissa Bélénos politiquement et militairement fragile. De fait, ce sont ces groupes d’envahisseurs qui décidèrent perfidement de tirer partie de la situation et de débuter la sanglante Guerre des seigneurs (734-741).

    Pendant ce terrible conflit, la Résistance se concentra vaillamment sur l’ancienne capitale d’Héodim afin d’en défendre la population et sir Lanfranc fut choisi chef de ce qui devint progressivement le comté d’Héodim.

    Héodim noua rapidement des liens avec son voisin nouveau venu, le remarquable archimage Markelus Vorokhev, qui venait d’installer sa Confrérie dans les Collines Hurlantes. L’union des efforts des seigneurs Lanfranc et Markelus dans leur lutte contre les elfes noirs qui investissaient ces montagnes rapprocha les deux seigneuries.

    Naissance d’un duché

    Au cours des années, les guerres et les conflits se succédèrent au milieu des tromperies et des trahisons de certains autres seigneurs bélénois. Quelques revers subis par Héodim et la Confrérie poussèrent les dirigeants de chacune des seigneuries à chercher une solution pour redresser la situation. Or, depuis l’arrivée de Vorokhev en Bélénos, les deux seigneuries avaient toujours entretenu des relations amicales. L’union des seigneuries était la seule voie à suivre face aux menaces extérieures grandissantes.

    C’est donc en octobre 745 que le comte rencontra Vorokhev à Hautlangeois, fief des La Trémoille. Ils se mirent d’accord sur l’union des deux peuples. Vorokhev accepta de reconnaître Lanfranc duc des deux seigneuries réunies.

    Les mois suivants furent consacrés à consolider les frontières. L’un des premiers grands événements de la seigneurie fut la célébration du sacre ducal à Héodim. Lors du solstice d’hiver 745, journée où la Lumière triomphe des ténèbres envahissant, eut lieu une investiture ducale dans l’opulence et la richesse de la luxueuse cathédrale d’Héodim. Devant l’assemblée des nobles, des mages, des chevaliers et des commerçants les plus prestigieux des deux seigneuries, le comte des Héodois, sir Lanfranc, et son épouse Anne-Sophie de Penthièvres, furent conduits jusqu’à l’autel avec leurs enfants. Vorokhev les attendait avec le diadème ducal. Rendu sur place, Lanfranc se tourna face à l’assistance et leur demanda solennellement :

    « Peuples de l’Aurélius, acceptez-vous mon humble personne comme votre duc, choisi des Dieux et de la Toile magique pour vous protéger et vous apporter la prospérité? »

    Unanimement, l’assistance répondit favorablement, tant les frères Durance, dame Nessa Dubrouillard, sir Xavier de Nilthimer, sir Ghoran, dame Marussia von Karajan que les frères Rufo, Luther Valgoris et Grégoire Bronas, illustres Markeliens. Ainsi acclamé par son peuple, le comte s’agenouilla devant Vorokhev et les prêtres des divinités reconnues dans le duché. Ces derniers bénirent tous le diadème ducal tenu par Vorokhev. Ensuite, l’évêque d’Usire Ormidas et le célèbre Valdis Lovoth prirent la regalia avec Vorokhev et l’emportèrent au-dessus de la tête de Lanfranc, prononçant ces mots à l’unisson :

    « Aujourd’hui nous vous sacrons Duc des Aurélois par la Grâce divine et arcanique d’Illimune. »

    Ils ceignirent alors sir Lanfranc du diadème ducal. Ce fut ensuite au tour de son épouse Anne-Sophie de Penthièvres, descendante de l’illustre lignée bélénoise de Penthièvres, dont les origines remontent au premier royaume de Bélénos (avant l’avènement de l’Aédon), de recevoir le diadème de la duchesse. À nouveau accueillie par trois Vivats, la famille ducale traversa la nef sous une rangée d’honneur. Parvenue à l’extérieur devant le peuple en liesse, elle fut accueillie triomphalement et le duc décréta des célébrations d’une semaine. C’est ainsi que naquit le noble Duché d’Aurélius.

    Les années troubles et l’âge d’or (746-751)

    Fort de l’alliance des deux puissants seigneurs, de sa prospérité et de sa position enviable dans le paysage bélénois, le Duché d’Aurélius semblait appelé à un fameux destin. Toutefois, Bélénos la chaotique réserve souvent d’amères surprises, autant à l’homme le plus commun qu’au plus grand des seigneurs. C’est à l’été 746 que les choses commencèrent à se gâter pour les aspirations du duc Lanfranc, car c’est cette saison qui a vu arriver en Bélénos le seigneur Damien de Lanteigne, celui qui avait été désigné en 725 par le Sommet des Nations afin d’être l’un des régents de Bélénos. En plus d’avoir soulevé la controverse et la grogne de ceux qui voulaient voir un véritable Bélénois à la tête de Bélénos, le jeune Lanteigne, à son arrivée, semblait bénéficier de l’appui implicite de l’Empire de Twyden. Il avait été accueilli à bras ouverts par l’Alliance de Solèce, dont il devint le gardien. Le duc Lanfranc, qui aspirait à ce qu’un jour, son fils, héritier de la lignée de Penthièvres, devienne le Roi de Bélénos et qu’ainsi un Bélénois règne sur le pays unifié, reçut cette nouvelle avec beaucoup d’amertume, d’autant plus que presqu’immédiatement, les relations de l’Aurélius avec l’Empire et Solèce se sont refroidies considérablement.

    L’année 747 devait apporter une déception supplémentaire et d’autant plus insupportable pour le duc, car ce fut au tour de l’Argylien Iouri Andropovich Kirov, le second régent, d’entrer en Bélénos, réclamant franchement, pour sa part, ce qui lui revenait de droit en regard des ententes du Sommet des nations.

    L’arrivée de Kirov créa des tensions au sein même de l’Aurélius. Le Grand Thaumaturge Markelus, étant lui-même d’origine argylienne, lui réserva un excellent accueil, ce qui n’était pas pour plaire au duc Lanfranc. Or, certains nobles markeliens voyaient d’un très bon œil l’intérêt d’Argyle pour ce pays morcelé qu’était Bélénos, d’autant plus que leur loyauté pour Lanfranc avait toujours été assez superficielle; elle allait d’abord à leur propre seigneur, Markelus. Malgré ces tensions, les deux seigneurs continuèrent un moment à œuvrer de pair.

    Cependant, face au retour en force d’Argyle, cette même nation dont il avait combattu la régence en 731, le duc Lanfranc conclut qu’il était temps pour lui de tirer sa révérence et de laisser place au règne d’un duc purement bélénois, son fils, le prince Amédée. Ce dernier, en effet, aurait l’avantage d’analyser la situation politique d’un œil neuf et sans une aigreur héritée du passé. Le duc Lanfranc partit donc pour la Forteresse Delacroix, au Bastion, à l’aube de 748, suivit de quelques nobles et de la duchesse Anne-Sophie de Penthièvres.

    Toutefois, cette transition dans le pouvoir ne pouvait se réaliser sans heurts : le seigneur Markelus avait certes porté allégeance à Lanfranc, mais il répugna, ce dernier parti, à reporter cette allégeance sur un jeune homme qui n’était à ses yeux qu’un enfant et qui, de ce fait, n’était certainement pas apte à diriger les terres mieux que lui. Conforté dans ces pensées par l’Aurore Raphaël Bardet, qui jugeait impensable qu’un seigneur des arcanes aussi prestigieux et érudit que Markelus se soumette à l’autorité d’un enfant qui n’avait encore rien accompli de sa vie, le Grand Thaumaturge refusa catégoriquement de réunir le conclave des sages essentiel au sacre d’un duc, privant ainsi momentanément le jeune successeur de son titre. Le prince Amédée prit cette défection comme une grave insulte, et il décida de répliquer en nommant sa marraine Nessa Dubrouillard, archimage de renom, Grande sagesse de l’Aurélius et en lui demandant de réunir elle-même le conclave. La cérémonie put donc avoir lieu avec les bénédictions de la plupart des plus grands mages et érudits de Bélénos; manquaient à l’appel, évidemment, le seigneur Markelus et ses nobles. Ces derniers, offusqués que l’on ait pu se passer ainsi de leur assentiment, quittèrent en masse la Cour d’Héodim et proclamèrent leurs territoires indépendants de ceux de l’Aurélius. L’alliance qui avait été conclue entre le duc Lanfranc et le Grand Thaumaturge Markelus se dissolva abruptement et les deux partis furent au même titre offensés par les actions de l’autre. Le Duché de l’Aurélius perdit la moitié de ses territoires, alors que Markelus proclama comme ses terres toutes les collines allant jusqu’à Valaine. Privé d’une partie de son héritage, mais assez sage pour ne pas sombrer dans une guerre stérile, le duc Amédée accusa le coup et laissa Markelus s’arroger cette partie du territoire, préférant travailler à rallier à sa cause les gens de la Bastide. Il réussit d’ailleurs avec brio la négociation de l’intégration des territoires de la Bastide au Duché de l’Aurélius, riche alors d’un nouveau comté.

    Le règne d’Amédée se stabilisa tout au long des trois premières années de son avènement. Le duc se maria avec l’illustre prophétesse de Gaïa, Heikki. Son influence sur son peuple était plus grande que jamais et l’Aurélius rayonnait tant en Bélénos qu’à l’étranger de par sa structure stable et son accueil courtois et chaleureux. On appela ces trois années « l’âge d’or » du Duché.