Sous-section

    L‘Éveil de Chaos

    Somaire :

    Septembre 744

    Rares sont ceux qui connaissent pleinement la légende de Chaos. On dit qu’il serait le père des démons, plus fort même que Golgoth. Il aurait été anéanti lors des Temps Sombres il y a presque 3,000 ans, dans ce que les plus érudits appellent l’Affrontement des Immortels. De mémoire d’homme aucune ère ne fut aussi éprouvante, une période noire où les dieux et démons se sont tus, car une interminable guerre rageait dans les cieux causant la perte de centaines d’entre eux. Seulement, comme ces mêmes sages se doutaient et de nombreux cultistes espéraient, Chaos n’aurait été qu’endormi, réduit à l’impuissance par Golgoth.

    C’est Usire qui, par son lien particulier avec le monde des mortels, envoya en une sombre nuit de septembre 744, un spectral messager de sa Lumière. L’apparition fantomatique de Saint-Clément d’Écherres porta à travers Illimune un message aux hommes de bonne foi : « Le dormeur se réveille… » De viles créatures, utilisant les puits de magie laissés derrière par Galléon, ont su secouer l’entité suprême qui sommeille depuis des millénaires.

    Une nouvelle guerre céleste se prépare, mais les portes des cieux étant depuis longtemps fermées à l’influence de Chaos, c’est sur terre que se jouera le destin des puissances divines et démoniaques. Car même les démons, enfouis dans le fin fond des ténèbres, ne sont à l’abri des foudres de l’ultime dieu de la destruction, comme peuvent en témoigner les suivants de Vestrial qui fut le premier à tomber des coups de Chaos.
    Le lieu de culte principal de Vestrial, la ville de Vesteré qui fait partie de l’agglomération de la Cité démoniaque de Mhor’Kar, fut dévasté lorsque les cultistes y siégeant sentirent la disparition soudaine de leur seigneur noir. C’est donc selon les antiques tables de lois que les Gardiens du Chaos exécutèrent la clause de purge, voulant que les cultistes de démons morts devaient choisir entre subir le même sort ou se convertir à un culte encore actif. Un exode massif se fit alors vers les villes de Zachrine’Ré et Kaal’Finei, contrôlées par les suivants de Zachrine.

    Le contrecoup se fit également sentir partout à travers Illimune, alors que des assassins et autres désaxés prirent d’assaut les rues, massacrant des innocents pour tenter de regagner les faveurs de leur démon tombé. Même une poignée de Zaxiens, cachés en Pontcaric, tentèrent désespérément de prendre d’assaut un moulin avant d’être exécutés par les Confédérés d’Orion.

    Simultanément, un peu partout en Illimune, d’étranges individus masqués commencèrent à faire leur apparition. Se dénommant eux-mêmes « émissaires de Chaos« , ils proclameraient la fin imminente de toute chose. Les premiers à entendre la proclamation furent les suivants de Golgoth, usant de leur influence pour réunir sous un même toit les seigneurs de la nation la plus chaotique d’Illimune : Bélénos. Suite à de nombreuses tractations, les différentes seigneuries jugèrent qu’il valait mieux s’occuper chacun de son chez soi et d’affronter la venue de Chaos à leur propre manière. Les membres de l’Ordre de Golgoth se retirèrent alors pour consulter leur fondateur, Vokhev Zelking, qui mit en évidence la menace que Chaos constituait face au culte de Golgoth : la neutralité absolue ne pouvait être maintenue et les suivants de Golgoth devait combattre les fidèles du Destructeur.

    Mars 745

    Le monde connu est en émoi, car par une froide nuit de mars, Vaul lui-même est apparu en songe à tous ses disciples d’Illimune, du plus jeune initié au plus grand prêtre. Il leur dit :

    « Je ne vous abandonne pas, le courage et l’honneur seront toujours avec vous. Suivez la voie que je vous ai apprise, et montrez-la aux cultes qui vous sont familiers, car ils en auront grand besoin. »

    La suite du songe diffère alors dans les témoignages des priants, certains ont vu une titanesque figure en armure étincelante se précipiter vers une énorme masse tentaculaire, d’autres ont été témoins d’un simple homme armé d’une épée se dirigeant vers une masse innombrable de créatures noires, ou encore d’une force majestueuse s’opposant à l’avancée de la noirceur. Tous ceux qui en témoignent disent par contre s’être éveillés en sueur, alors que le lien magique qui les liait à leur dieu fut coupé, les laissant à dépourvu, sans leurs dons cléricaux les plus puissants.

    La surprise était encore plus prenante dans la cité démoniaque de Mhor’Kar, où de nombreux cultistes d’Azaroth se mirent à saigner par les yeux alors que leurs pouvoirs s’estompaient. Plusieurs en sont même morts, les épargnant du sort qui est réservé aux survivants, celui-là même que connurent les suivants de Vestrial il y a peu de temps ; les Gardiens du Chaos exécutèrent de nouveau, selon les antiques tables de lois, la clause de purge voulant que les cultistes de démons morts devaient choisir entre subir le même sort ou se convertir à un culte encore actif. Les Gardiens se retournèrent donc contre leurs maîtres, puisque la caste d’Azaroth était celle au pouvoir depuis des millénaires.

    Au même moment, à travers Illimune, l’affliction toucha de nombreux cultistes, infiltrés jusque dans les plus hautes sphères des nations et clergés divins. Une chasse sans merci suivit, au grand bonheur d’hommes masqués se déclarant « émissaires de Chaos ». Ces hommes, parcourant toutes les nations, apportaient le message suivant, qu’aucun ennemi du dieu primaire, en particulier ceux qui prétendent parler en son nom, ne sont à l’abri de son courroux. Comme des martyrs, ses hommes répandent le message de la venue de Chaos même à ceux qui ne veulent l’entendre, sans se soucier de leur survie personnelle.

    Mai 745

    Toutefois, c’est plus tard que les conséquences réelles de la disparition de Vaul et d’Azaroth allaient se faire sentir à une plus vaste échelle. Les clercs et prêtres du dieu de la guerre, ayant pour la plupart voué leur vie à une cause, commencèrent à changer leurs allégeances religieuses afin de poursuivre leurs combats. Or, vers quel dieu allaient-ils se tourner? Deux grandes tendances se manifestèrent alors partout en Bélénos. D’un côté, les plus fiers, belliqueux et avides de gloire chez les Vaulistes se tournèrent vers Galléon. D’un autre côté, les plus altruistes et bienveillants portèrent leur attention sur Usire. Finalement, une poignée optèrent pour les autres divinités, plus éloignées idéologiquement de Vaul.

    À la mi-mai 745, les Maîtres de la Confrérie Markelus, un regroupement restreint de puissants érudits voués aux arts arcaniques en Bélénos, identifièrent les premiers une mystérieuse fluctuation de la Toile magique. À force de rituels et de recherches intensives, Sasha Triggsvasen, Argylien et archimage de la seigneurie, finit par identifier la source de ce remous : La région du puits de magie en Hyden. Immédiatement, des missives furent envoyées à leurs collaborateurs en la région, l’Avant-Garde et les 1000 Voyageurs, afin de débuter leurs investigations.
    Simultanément, Sasha Triggsvasen quitta avec une cohorte militaire la cité d’Andrave en la Confrérie afin de se rendre lui-même jusqu’en Hyden. Malheureusement, au matin du 12 mai, le corps de Sasha fut retrouvé sans vie dans sa tente, visiblement égorgé pendant son sommeil malgré la lourde protection militaire et arcanique dont il disposait.

    Peu après les premières actions de Markelus, les elfes de Bélénos -provenant pour la plupart de la Griffe de l’Ouest- commencèrent à se mobiliser afin d’eux aussi agir en Hyden. De par leur proximité avec les fils de la Toile, ces êtres ressentirent une force les poussant à se rendre en Hyden. Le même sentiment posséda leurs frères sombres, les elfes noirs, qui s’activèrent à partir de Bran Wor’ge Quarth pour coordonner leurs énergies déjà en action en Hyden avec l’Hydre d’Amaï’ra‘ra.

    Juin 745

    Au début de juin, les gens de la région d’Hyden furent témoins d’un étrange phénomène. Un énorme monolithe fit son apparition, sur la frontière séparant la région sans loi où règnent encore des créatures sur le territoire de la Confédération d’Orion. Les plus érudits surent y lire les runes qui y étaient inscrites : Amaï’raSylvaXalarthu – Céleste. Les sages, les arcanistes, tout comme les cultes mentionnés ne purent déceler exactement la signification de ce monument. Les plus près purent seulement être témoins de son étrange pouvoir : toute magie lui touchant y semblait aspirée. Certains crurent que Chaos tendait un piège à ces cultes, cherchant à siphonner leur pouvoir pour se réveiller. D’autres y virent un message de la toile magique universelle, appelant les suivants à aider leur dieu ou démon dans le conflit sournois qui risquait de réveiller le grand dieu de la destruction.

    Toutefois, peu importe l’explication que certains purent trouver, et alors que de nombreux émissaires des régions connexes comme la Confrérie Markelus, l’Empire Néo-Sorvanien, même la Cour Elfique et l’Empire de Twyden se dirigeaient vers le monument, celui-ci disparut aussi soudainement qu’il était apparu, dans un aveuglant faisceau de lumière pointé vers le ciel, ne laissant derrière lui qu’un cratère fumant.

    À partir de cette nuit-là, un malaise affligea les elfes, les elfes noirs et les arcanistes de tout acabit. Le culte de Sylva sembla le plus affecté, les suivants de la déesse elfique ressentant une lente perte de pouvoir, à la différence du clergé de Vaul qui avait déjà perdu tous ses pouvoirs soudainement lors de la disparition de leur dieu. Dans une rarissime démonstration d’humilité, les grands et sages elfes avouèrent ne pas comprendre le phénomène. Ce n’est que quelques semaines plus tard que la rumeur vint aux oreilles des gens de la région : le culte de Xalarthu avait été dépossédé de ses pouvoirs et exilé de la cité démoniaque du Mhor’kar. Renforçant les doutes que Sylva serait la prochaine déesse à être éliminée par Chaos, la nouvelle fut rapidement reléguée au second plan, alors que de nombreuses afflictions touchaient l’entière population d’Illimune.

    Quelques jours après que l’étrange monolithe ait disparu, emportant avec lui le mystère l’entourant, mais aussi la compulsion qu’avaient certaines personnes à s’y rendre, une nouvelle manifestation sembla toucher non seulement les gens, mais tout ce sur quoi la toile universelle semblait avoir de l’influence. Dès lors, certains objets magiques cessèrent de fonctionner, les potions alchimiques les plus durables expirèrent à vue d’oeil, même les prières des religieux semblèrent affectées. Cependant, des effets encore plus spectaculaires et néfastes commencèrent aussi à émerger ; des gens furent témoins d’émeutes éclatant soudainement, sans provocation, et de nombreuses personnes crurent avoir aperçu d’immondes créatures mutantes, utilisant la magie arcanique.

    Juillet 745

    Alors que les diverses seigneuries semblaient désespérées de découvrir un remède à l’étrange affliction arcanique qui les rongeait, une lueur d’espoir naquit de la région la plus sombre de Bélénos. Effectivement, au début du mois de juin 745, que ce soit en Héodim, en les quartiers d’Andrave de la Confrérie Markelus ou au sein des froides nécropoles sorvaniennes, des mages commençaient à perdre la raison et à s’attaquer brutalement à ceux qui les entouraient. Puis, c’est d’Hyden qu’une cure simple et efficace émergea. Qui la découvrit le premier? Nul ne saurait l’affirmer avec certitude tellement elle se propagea rapidement sur les terres. Certains disent que Sylva elle-même serait intervenue en Hyden sous l’appel de nouveaux fidèles, tandis que d’autres pointeraient la désormais célèbre famille McAle. Néanmoins, près d’un mois après l’apparition des premiers symptômes de cette peste mystique, les derniers infectés étaient soignés de leurs maux.

    Tous crurent au tournant du mois de juillet que la maladie était en fait la conséquence des luttes qui confrontèrent Sylva, Céleste, Amaï’ra et Xalarthu au sujet du contrôle de la Toile magique. Or, alors même que les plus anciens prêtres de ces deux dernières déités elfiques annonçaient publiquement la victoire de l’objet de leur vénération sur leurs ennemis, d’étranges phénomènes commencèrent à être aperçus dans les forêts et prés de Bélénos. Tout d’abord, des bûcherons nouvellement installés à Boisé-Profond, nouveau bastion du Fief Marniet, rapportèrent avoir parcouru des régions boisées entièrement ravagées par la pourriture, la putréfaction et la maladie. Plus au Sud, dans l’austère Cité Grise d’Eseldorf, des témoins soutinrent avoir vu les eaux des rivières environnantes se souiller sans raison, laissant remonter à leur surface des bancs de poissons morts et mystérieusement défigurés.
    L’arcane ne semblait être que le début. Les maladies, les mutations…cela ne prit que quelques jours pour que le clergé de Gaea implanté en la Griffe de l’Ouest et l’Éclipse d’Airain ne réagisse : Morgh et Irmondul étaient à l’oeuvre. Peut-être était-ce pour cela que les forces Rakashans, les plus célèbres vénérateurs des seigneurs des mutations et de la peste, paraissaient sur la défensive? Les maladies avaient été guéries, mais elles se transformaient, mutaient.

    Août 745

    Face à la puissance des autres cultes, ceux de Mak’Udar, Sylva et Amaï’ra ouvrirent pour la première fois leurs portes aux humains, et la magie qui leur était désormais accordée témoignait de l’assentiment des déités.

    Les elfes noirs, fébriles depuis la disparition de Xalarthu, proclamèrent que leur maîtresse n’était plus une déesse renégate ou une incomprise chez les démons, mais qu’elle avait trouvé finalement sa place chez les seigneurs noirs, ayant absorbé l’énergie du démon des arcanes. C’est donc comme représentante démoniaque de la toile arcanique qu’Amaï’ra prit sa place définitive dans le Chaos, et quiconque prétendait le contraire allait être châtié par son culte, grandissant mais encore et toujours matriarcal.

    Dès lors, l’annonce fut de même faite par de nombreux archi-mages qu’une vision de Sylva leur était apparue, révélant le mensonge millénaire qu’était Céleste, et appelant à elle non seulement les elfes, mais les arcanistes ainsi que « tout mortel faisant preuve de clairvoyance et d’intelligence, de droiture et de tempérance, de constance et de sagesse. » La plupart des elfes restèrent de marbre devant cette annonce, à l’exception de Lyasanddur de la Maison grise du Phénix, qui déclara que Sylva prenait seulement la place qui lui était dûe depuis bien longtemps.

    Le culte de Mak’Udar, quant à lui, se targua d’avoir déjà accepté certains suivants autres que les nains avant même le conflit opposant Amaï’ra et Sylva, puisqu’il faisait face au culte diversifié de Goldo. C’est donc avec empathie et fraternité que les suivants de Mak’Udar accueillaient de nombreux suivants de Vaul au sein de leur culte, également voué à la force, à l’honneur et au courage.

    Alors que ces cultes s’ouvraient et se renforçaient, les paysans et les bûcherons virent leurs sources de subsistance dépérir à vue d’oeil, de sombres silhouettes rôdant et hurlant les noms de Morgh et d’Irmondul lors des chaudes nuits d’été. Cependant, avec une rapidité hors-du-commun, les fidèles de Gaea se mobilisèrent partout en Bélénos -mais plus particulièrement dans les forêts de la Griffe de l’Ouest- et combattirent farouchement l’oeuvre repoussante des démons. À leurs côtés, avec une agressivité renouvelée, des guerriers vengeurs d’Ayka pourchassèrent des cultistes de toute sorte au nom de la divine colère et vengeance de leur maîtresse. La lutte acharnée des druides et des fervents de la Tourmentée fut telle que, vers la fin de juillet, on cru que les démons eux-mêmes avaient abandonné leurs obscurs projets. Or, Morgh et Irmondul avaient une dernière carte à jouer.

    Au début du mois d’août, tous les yeux de Bélénos se levèrent vers le ciel nocturne et virent un sombre présage leur remémorant les années précédentes : entre les nuages, un croissant de Lune encore naissant rayonnait d’une faible lueur écarlate. La Lune de Sang commençait. Bientôt, les orcs Rakashans allaient sortir de leur forteresse de Kolthren et se diriger vers les bourgades paysannes afin d’y massacrer femmes et enfants au nom de leur monstrueux seigneur, Ottor-Kom. Selon les rumeurs, le gros de la vague destructrice allait converger vers Hyden pour y accomplir de mystérieux rituels.

    Septembre 745

    Au début du mois de septembre 745, les Rakashans firent couler le sang de centaines de personnes, de Gudrun à Bran Wor’ge Quarth, au nom du démon Ottor-Kom. On rapporte même qu’Ottor-Kom aurait déjà possédé un corps sacrifié en son nom, et décimé une partie du village d’Hyden. Plus que le seigneur noir des Rakashans, ce nouveau prince des ténèbres semble être un hybride de Morgh et d’Irmondul, démons dont le sacrifice à Chaos n’a pu qu’affecter l’humeur d’Ayka et de Gaea. Les déesses ont en effet perdu une partie de leur essence en combattant vaillamment les forces de la corruption et de la putréfaction. Plus que tout autre démon, Ottor-Kom a donc été créé par l’action des Rakashans et leur cruauté sans nom.

    Un peu plus tard, par une nuit sans lune, alors que les cultes de Morgh et d’Irmondul étaient encore en proie au Chaos suite à la création d’Ottor-Kom, que le prochain sacrifice au dieu de la destruction se fit sentir. Les cultistes de la séductrice Khalii racontèrent que, sous l’emprise de Chaos, elle attira à elle la sangsue Zachrine. Usant de ses mielleuses paroles et de ses charmes, la succube aurait convaincu le prince des opportunistes que le temps était venu de concevoir l’enfant de la légende, qui devait apporter la fin du monde. Sous l’emprise de la démone, Zachrine aperçut trop tard la flamme de Chaos au plus profond des yeux de Khalii. C’est alors que, comme Amaï’ra l’aurait fait à Xalarthu, la démone des plaisirs et du vice absorba l’énergie du démon, pour la transférer à Chaos. Ainsi s’éteignit le maître des fourbes et des traîtres.

    Pendant ce temps, de nombreux sages, ayant suivi l’éveil de Chaos depuis son annonce, crurent que nous en étions déjà à son apogée. Fort des sacrifices qui lui avaient été faits, Chaos ne pouvait toutefois échapper complètement à sa prison, et la plupart des dieux étaient renforcés par la force de leurs cultes. Depuis la perte de Zachrine, les suivants de Muse et de Tharôs étaient pris d’étranges maux. Après ce que les cultes de Sylva et d’Ayka avaient vécu, tout portait à croire que l’influence de Chaos était derrière ce grand malaise. Cette attaque simultanée et désespérée serait donc signe que les efforts de Chaos pour se libérer tirent à sa fin, avec le sort de Muse et de Tharôs dans la balance.

    Profitant de toute cette confusion, et comme pour affirmer leur présence, certains cultes auparavant exclus du conflit s’activèrent et semèrent la terreur à la suite des émissaires de Chaos ; les acolytes de Godtakk, en particulier, semblèrent pris d’une rage inouïe, imitant une interminable lune de sang en décimant tout sur leur passage, tandis que de malicieux disciples de Goldo apparurent chez les peuples humains, semant la peur et la confusion. Ce furent donc les représentants de Mak’Udar, épargnés par le conflit et renforcés par les suivants de Vaul ayant rejoint leur cause, qui se mobilisèrent pour faire face à ces deux menaces démoniaques.

    Octobre 745

    C’est en octobre 745 que l’ensemble de l’épisode de Chaos de dénoua. Alors que le point critique semblait être atteint, que les dieux comme les démons paraissaient être sur le point d’être annihilés par l’éveil de Chaos et que les mortels eux-mêmes combattaient vaillamment les émissaires et les possédés du dieux destructeur, Golgoth intervînt. Réalisant l’ampleur des forces déchaînées par son frère, le dieu de la balance n’avait plus qu’un seul choix : entreprendre avec Chaos une lutte éternelle afin de l’empêcher de mener à bien ses plans apocalyptiques. Brusquement, Illimune retînt son souffle alors que Golgoth débutait ce qui allait être son ultime oeuvre envers la création. Dès ce moment, de nombreux prêtres et fidèles de Golgoth sentirent leurs pouvoirs les quitter, ne laissant qu’une poignée d’élus du dieu neutre disposant toujours de forces mystiques.

    Sur Illimune, nul ne parvenait parfaitement à saisir l’ampleur des transformations qu’avait connu le monde au cours de la dernière année. Du côté des démons, Vestrial, Azaroth, Morgh, Irmondul et Zachrine avaient trépassé, léguant leurs pouvoirs à Chaos, à leurs frères et soeurs maléfiques ou au nouveau Ottor-Kom. Chez les dieux, Vaul, Céleste, Muse et Tharos avaient connu le même sort, rapetissant encore peu plus le panthéon déjà limité. Seule consolation, avant de disparaître, Muse et Tharos donnèrent naissance aux Sibylles, mystérieux regroupement divin voué à la conservation de leurs idéaux si répandus dans le monde.

    Quant à Chaos, bien que maîtrisé perpétuellement par Golgoth dans une lutte fratricide, il continue à poser son regard sur Illimune, préparant peut-être un retour aussi imprévisible qu’inquiétant…